Aspect international du MLF et des combats d’Antoinette Fouque
Juin 1977, libération d’Eva Forest, accueillie à l'aéroport par Françoise Vergès et Florence Prudhomme. - ©DR
Moira Millan, militante féministe mapuche, y relate son combat pour la récupération des terres appartenant aux peuples autochtones d’Argentine.
Enfin, la maison vient de rééditer cette année, au format poche, Brasileiras, voix, écrits du Brésil, un recueil de témoignages d'artistes et militants pour la démocratie sous la dictature des années 1970.
De son côté l’Alliance des Femmes agit en appui au mouvement des Survivantes de violences sexuelles en RDC, dirigé par Tatiana Mukanire Bandalire et en solidarité à la résistance ukrainienne. Elle apporte aussi son aide à la chercheuse Pinar Selek, emprisonnée et torturée en Turquie pour ses travaux sur la population kurde, persécutée depuis 25 ans par l’Etat turc. Enfin, l’Alliance s’est fait réle relais d’une campagne juridique internationale intitulée End Gender Apartheid, qui vise à inscrire l’apartheid de genre comme crime contre l’humanité dans le droit international.
Les modes d’actions consistent en des pétitions et des manifestations pour plaider la cause de ces femmes au plan international. Grâce à ces interventions, plusieurs militantes sont libérées. Les actions du MLF puis de l’Alliance s’organisent en synergie avec celles des Éditions des femmes, qui traduisent et publient les textes écrits, parfois en détention, par des femmes démocrates de plusieurs pays sous dictatures. On retient par exemple l’écrivaine Eva Forest, incarcérée par le régime de Franco. Les Editions publient son livre Journal et lettres de prison , dans l’urgence, en 1976.
En 1979, plusieurs militantes du MLF se joignent aux manifestations de femmes à Téhéran, qui protestent contre l’arrivée au pouvoir de l’Ayatollah Khomeiny. En 1980 les Éditions des femmes font paraître l’Almanach Femmes et Russie qui rassemble les textes de Tatiana Mamonova et Ioulia Voznessenskaïa, menacées de goulag pour avoir lancé le “premier journal libre de femmes.”
En 1981, les éditions traduisent et publient Ferdaous, une voix en enfer, écrit par Nawal El Saadaoui. Dans le même temps, le MLF lance une campagne internationale pour faire libérer l’autrice égyptienne, emprisonnée notamment pour ses positions contre l’excision.
Cette période voit aussi le lancement de la collection Femmes en lutte de tous les pays, qui regroupe des ouvrages individuels et collectifs de femmes engagées, de l’Europe à l’Amérique latine, en passant par le Moyen orient.
En 1986, Antoinette Fouque dénonce l’oppression exercée par les monothéismes sur les femmes, à l’instar de l’Eglise catholique, qui prend position contre la contraception et l’avortement, en Europe au-delà. En 1991, les éditions publient Se libérer de la peur, qui permettra de soutenir une mobilisation de longue haleine pour la libération de la dirigeante birmane Aung San Suu Kyi.
Deux ans plus tard, Antoinette est personnellement sollicitée par l’écrivaine bangladaise Taslima Nasreen, menacée de mort dans son pays par une fatwa intégriste islamiste à son encontre et un mandat d’arrêt du gouvernement. Cette dernière engage aussitôt une action militante, médiatique et diplomatique pour sa libération. Par un effort commun, Taslima arrive finalement libre en Suède le 10 août 1994.
Mais comme le disait si bien ce slogan du MLF : le machisme fait le lit du fascisme. Les luttes pour la liberté des femmes sont en effet indissociables des luttes contre d’autres formes d’oppression. Le MLF articule donc ses combats avec des prises de position en faveur de la démocratie et de la solidarité à travers le monde. Antoinette Fouque est le fer de lance de cet engagement. Elle se déplace dans plusieurs pays avec d’autres militantes du MLF dès les années 1970 et crée, en 1989, l’Alliance des femmes pour la Démocratie.
De 1990 à 2010, campagne de mobilisation pour Aung San Suu Kyi et le peuple birman. ©des femmes
Juillet 1980, Tatiana Mamonova et son fils, Natalia Malakovskaïa, Tatiana Goritcheva et Ioulia Voznessenskaïa à leur arrivée à Vienne. ©des femmes
En parallèle, Antoinette Fouque participe activement aux mobilisations internationales contre les viols de masse. Elle contribue ainsi au combat pour faire reconnaître ces violences comme des crimes contre l’humanité, notamment dans le contexte des travaux du TPI pour l'ex-Yougoslavie. Toujours en 1994, Antoinette Fouque se rend à Ankara pour assister au procès de la députée kurde Leyla Zana, arrêtée au Parlement turc pour avoir fait un discours dans sa langue natale, le kurde. Elle publiera par la suite ses écrits de prison. De nombreux autres exemples suivent. Cet engagement des Editions des femmes se poursuit bien après la disparition d’Antoinette Fouque, en témoigne entre autres la publication de Milagro Sala, l’étincelle d’un peuple, en 2017.
La journaliste Alicia Dujovne Ortiz y enquête sur la dirigeante sociale argentine d’origine indienne Milagro Sala, abusivement arrêtée en 2016 et faisant l’objet d’une campagne de dénigrement et de désinformation. Plus récemment, Les Éditions ont publié La Révolution des filles, de la journaliste et militante argentine Luciana Peker, sur le mouvement des femmes argentines pour le droit à l’IVG mais aussi l’ouvrage Terricide, en 2025.
L’Alliance des Femmes pour la Démocratie donne aussi lieu à la création de l’Observatoire de la misogynie. Les mots prononcés par Antoinette Fouque en 1989, à l’occasion de l’ouverture de l’Observatoire, sonnent toujours très actuels :
Face à ce constat, l'Observatoire se mobilise particulièrement sur la question des meurtres de femmes pour le simple fait qu’elles sont des femmes. A ce sujet, l’Observatoire rend publique en 1991 la première enquête statistique sexuée sur les meurtres commis envers des femmes. Ses constats sont alarmants : en 1990, une femme par jour a été tuée en France, le plus souvent par un proche (mari, amant, père, fils…). Un crime parfois accompagné de viols ou d’acte de torture. Motivés par une misogynie systémique, ces crimes, longtemps qualifiés de “crimes passionnels” ou de “faits divers”, sont aujourd’hui répertoriés et étudiés sous le nom de “féminicides” ou de “gynocide”, pour reprendre un terme inventé par Antoinette Fouque elle-même.
« Les luttes des femmes ont fait progresser nos libertés, nos droits, mais la misogynie n’a pas désarmé. De l’oubli pur et simple de notre existence à l’agression insidieuse ou brutale, elle se manifeste partout dans la vie quotidienne, à la télévision, à la radio, dans les journaux, sur les murs… Ne laissons pas bafouer notre dignité. Soyons vigilantes et sortons de l’isolement. »
Gynocide :
Il désigne l’ensemble des violences systématiques, historiques et structurelles exercées envers les femmes parce qu’elles sont des femmes (foeticides d’enfants de sexe féminin, infanticides de filles, malnutrition et soins médicaux sélectif, mutialtions sexuelles, accouchements en conditions précaires, viols de masses…).
cf “ Si c’est une femme”, Il y a deux sexes, Antoinette Fouque, 1995.
22-26 octobre 1979, solidarité du MLF avec les femmes du Pays basque espagnol, dont certaines sont inculpées pour avoir avorté. ©M. D.